jeudi 5 janvier 2012

三地門 - Sandimen

Si vous êtes dans le sud et que vous avez un quelconque intérêt pour les aborigènes de Taiwan., tout le monde vous en parlera : "Va donc au Parc Culturel des Aborigènes de Taiwan !" (en english " Pingtung Taiwan Indigenous Cultural Park").
Pourquoi pas ? Si vous êtes un peu pressé, les parcs culturels de ce genre vous donneront un certain aperçu des différentes cultures aborigènes de l'île (14 groupes officiellement reconnus à ce jour). 
Mais si vous pouvez prendre votre temps, alors passez votre chemin et allez plutôt voir du côté des "vrais" villages aborigènes de Sandimen. Là on peut visiter des fabriques de perles Paiwan (le groupe Paiwan est un des groupes aborigènes principaux de la région) et se promener dans le buluo (terme chinois pour "petit village") pour rencontrer les grands-mères brodeuses et apprécier la vie des aborigènes aujourd'hui (les parcs culturels quant à eux, décrivent -en simplifié- la vie, la culture et l'histoire des aborigènes d'autrefois - ce qui est aussi intéressant).
Sandi 三地村
C'est ici que nous avons pu voir naître les perles de verre Paiwan. Exposé à une température de plus de 700°C, le bâtonnet de verre fond et les ouvrières enroulent la "goutte" de verre sur une baguette en bois avant de la rouler sur une petite plaque de métal afin d'obtenir une perle bien ronde. Pour décorer, on utilise des bâtonnets plus fins, de couleurs différentes. Il faut maintenir le verre chaud pour pouvoir travailler la perle, alors les baguettes sont posées au milieu de flammes. Une fois terminées, les perles refroidissent dans la cendre. Les ateliers se concentrent de plus en plus sur la fabrication de perles "modernes" aux couleurs vives et variées qui intègrent toutefois les symboles traditionnels, remis au goûts du jour.



Dans les rues de ce buluo, vous croiserez peut-être une grand-mère en train de broder au point de croix, ou bien vous pourrez jouer les indiscrets en examinant les vêtements traditionnels qui sèchent sur les étendages. Si vous préférez l'architecture, jetez un œil sur les murs de pierre noire de certaines maisons Paiwan.
Si vous avez faim, cherchez la vendeuse de nouilles (au boeuf, à la sauce sésame ou à la façon yangchun) ou descendez sur Shueimen.

Shueimen 水門
Vous y trouverez aussi des boutiques proposant des perles Paiwan, mais aussi des vêtements traditionnels brodés au point de croix ou ornés de perles (si je me souviens bien, les prix tournaient autour de 500€ le costume) qui sont la plupart du temps loués à l'occasion de fêtes et mariages.

vendredi 19 août 2011

samedi 2 juillet 2011

Etre Assistant de Français à Taiwan...在台灣當法語助教

Sur le campus de l'université Chang-Jung, Tainan.

什麼東東? "Qu'est ce que c'est que ça ?" 
=> Un bon moyen de découvrir la culture taïwanaise, en immersion totale, mais aussi de redécouvrir la culture française. Chargé d'assister votre professeur-tuteur, vous participez à l'animation des cours de langue et de culture française dans l'université où vous avez été affecté (12 heures par semaine), ainsi que dans des lycées (3 heures par semaine). Une belle expérience en perspective, surtout si vous envisagez de devenir professeur de FLE (Français Langue Étrangère, pour les non-initiés). Il va sans dire que parler chinois est vraiment utile !

你的看法呢? "Qu'est-ce que t'en penses ?"
=>Pour ma part, j'ai du assurer des cours de soutien en langue française ainsi qu'organiser des heures et activités culturelles.
Dans l'université où j'ai été affectée, les étudiants choisissent le français en tant que deuxième langue étrangère à partir de la première année. Ils sont complètement débutants et doivent tout apprendre, de la prononciation ("RRRRRR") aux conjugaisons, en passant par les accords masculin-féminin (chose qui n'existe pas en chinois) et le traditionnel "Bonjour, comment allez-vous ?". A partir de la troisième année, les choses se corsent véritablement pour eux, ils doivent ingurgiter des tonnes de connaissances grammaticales et des tas de conjugaisons (futur antérieur, plus-que-parfait, présent du subjonctif, hypothèses et conditionnel, pronoms compléments indirects, discours indirect au passé... bref, ils s'arrachent les cheveux et on les comprend). La mission de l'assistant de français est alors de faire passer tout ça en douceur et en donnant le plus souvent possible l'occasion aux étudiants d'utiliser leurs connaissances dans des situations de conversation usuelles. Il faut faire preuve d'imagination pour arriver à s'amuser en apprenant ! Mais surtout, il faut faire simple, et ne pas surestimer les capacités des étudiants (ça peut les décourager !). J'ai aussi du aider les étudiants pour présenter leur pièce de théâtre annuelle (cette année, La Trente-Sixième Histoire, adaptation du film de Ya-chuan Hsiao, 『第三十六個故事 Taipei Exchanges』 ).
En ce qui concerne les heures et activités culturelles, essayez de faire participer les étudiants, proposez des jeux à la fin de vos présentations, là encore, i-ma-gi-na-tion ! Sachez que les Taïwanais apprécient la cuisine et la gastronomie par dessus tout, vous récolterez tous les suffrages si vous organisez des cours de cuisine française une ou deux fois par semestre.
Quant aux interventions dans les lycées, elles revêtent un caractère plus ponctuel et ne permettent pas un réel suivi de l'apprentissage des étudiants (je suis intervenue dans une dizaine de lycées et d'universités au cours de l'année). Je disposais aussi de beaucoup moins de marge de manœuvre qu'à mon université, car il s'agissait vraiment d'assister le professeur, présent dans la classe. Alors si on vous dit qu'il faut chanter, vous chanterez... Profitez aussi de vos heures "à l'extérieur" pour échanger avec les étudiants sur la France et les Français, vous aurez des surprises (voyez plutôt, dans cet article).

怎麼辦? "Comment faire ?"
 => c'est le CIEP qui supervise le programme des assistants français à l'étranger,  allez donc voir ici pour être au courant des conditions de travail et de recrutement.

如果你是台灣人,還有如果你會說法語, 你也可以參與這個計畫喔! 到法國去教中文吧! 參考這裡 ;-)

vendredi 24 juin 2011

在西門路的布行商場裡,找到了台灣花布! - Tissus de Taiwan au marché de Ximen

Ce vendredi matin, accompagnée de la maman d’Yizhe, j’enfourche un vélo pour aller au marché aux tissus de Tainan (sur la rue Ximen, 西門路的商場). C’est une étudiante de l’université Chang-Jung, Huang Yuling (Zoé), qui m’a indiqué l’endroit.
Lorsque nous arrivons, vers 9H30, seulement une boutique est ouverte. Nous jetons un coup d’œil et demandons (en taïwanais) les « tissus fleuris de Taiwan » 台灣花布, qu’on appelle plus couramment les « tissus fleuris hakka » 客家花布. La grand-mère qui tient la boutique me sort quelques rouleaux, mais ce n’est pas tout à fait ce que je cherche ; je sélectionne quand même un tissu avec un motif aux pivoines sur fond bleu foncé, un peu japonisant. Il me plaît bien.  


En attendant l’ouverture des autres boutiques, nous marchons un moment sur la rue Guohua. Il fait chaud ! Vers 10H, les commerçants arrivent : nous sommes leurs premiers clients. Heureusement que madame Su m’accompagne car ici, les échanges se font plus naturellement en taïwanais. Je repère un tissu à fond bleu ciel, celui qu’on trouve le plus facilement – et, je l’apprendrai plus tard, le moins cher car le moins finement tissé.

Composition de deux bouquets de tailles différentes (5 et 2 fleurs principales) sur fond bleu ciel.
  Le motif existe aussi sur fonds violet, rose et rouge.
En comparaison avec d'autres motifs, celui-ci accorde une place peu importante aux pivoines.

Nous écumons ensuite les boutiques voisines : l’offre de « tissus fleuris de Taiwan » n’est pas très diversifiée, mais chaque boutique se différencie quand même des autres, avec un prix moins élevé, un motif nouveau, ou bien une autre texture (plastifiée par exemple). Petit à petit, je me familiarise avec les motifs, la délicatesse du tissu et les prix. Ils ont augmenté depuis la hausse des prix du coton nous dit-on. Pas très facile de marchander, d’autant plus que je n’achète pas de grandes quantités. Ce n’est pas grave, après tout, les prix annoncés ne sont ni exorbitants ni malhonnêtes.
Finalement, je repars avec 6 tissus différents, la plupart d’une longueur de 7 尺 chi (~2m10). 
Prochain défi : les faire rentrer dans ma valise !!




Ces quatre tissus sont tous à fond rouge, la couleur la plus traditionnelle. Pour les Chinois, le rouge représente l'abondance et la bonne fortune.
De gauche à droite, en haut :
Un bouquet compliqué de grosses pivoines au centre de petites fleurs, déclinées en 3 couleurs. Peu de place est laissée au fond. Le blanc domine sur les pétales des pivoines, ce qui renforce l'aspect "pétillant" du motif. 11 couleurs ont été utilisées à l'impression ; deux fonds disponibles : rouge et beige.Tissage un peu grossier.
Une autre composition de pivoines et petites fleurs (moins abondantes que sur le précédent) et de feuilles vertes. Les contours sont soulignés de blanc. Il semble que ce motif perde peu à peu de sa popularité : il n'y en a presque plus dans les stocks des commerçants et il se peut que la production s'arrête. En entendant cela, je me suis dit "il faut vite que je passe commande !".
De gauche à droite, en bas :
Un peu plus dans la tradition chinoise, un motif aux phénix. Les couples de phénix, tout comme les couples de canards mandarin ou comme les bouquets de pivoines, sont des symboles de bonheur et de fortune et apparaissent fréquemment lors des mariages traditionnels. Sur ce motif, les phénix adoptent deux positions différentes : celui qui paraît plus tranquille et dont on peut voir les pattes représente le nouveau marié, alors que celui qui ouvre ses ailes représente la nouvelle mariée. On ne voit pas ses pattes : cela symbolise que l'épouse reste à la maison et ne peut pas s'éloigner de son mari.
Enfin, sur fond rouge bordeaux, un bouquet de pivoines extrêmement raffiné, organisé autour d'une roue. Certainement apporté par les Japonais, ce motif est une combinaison de 14 couleurs (3 autres fonds sont disponibles : rouge sang, beige et rose). Les pivoines sont assorties à des feuilles de bambous, des chrysanthèmes, des fleurs de pruniers. Le bouquet repose sur des cannes. Pour mettre en valeur la délicatesse des pivoines, les contours des fleurs ainsi que les rayons de la roue sont rehaussés d'or.

jeudi 23 juin 2011

Ce midi, un petit déluge...

Le typhon Haima (Hippocampe) arrive... Pour nous préparer, il nous a offert une belle averse tropicale ce midi, aromatisée aux vents violents et inondations.

Le temple de Confucius sous la pluie - 淋雨中的孔廟
Le papyrus fait trempette

vendredi 3 juin 2011

窄門咖啡 - Un drôle de café à Tainan : le Café de la Porte Etroite

A Tainan, près du Temple de Confucius, sur la rue NanMen, il y a un café presque invisible, poétiquement appelé "Le Café de la Porte Etroite".


Chacun son tour, on passe dans l'étroite ruelle (38 cm de largeur !), on monte de raides escaliers pour arriver à l'entrée d'une vieille maison à la japonaise, le salon à gauche et un îlot de verdure à droite. La décoration intérieure se donne un look très vintage, plutôt éclectique : un parquet en bois noir, des murs jaunes et bleus, de vieux ventilateurs, une collection de figurines de chats en bois, des assiettes et lampes chinées dans les antiquaires... Vous vous en doutez, c'est un endroit très calme, parfait pour lire et étudier tout en buvant son café, en se donnant des airs de personne lettrée.

Côté carte, sachez qu'on vient ici d'abord pour l'ambiance, le lieu un peu insolite ; ensuite pour déguster un café autre part qu'à Starbucks ; et en dernier pour apprécier la cuisine... Mon conseil : contentez-vous d'une boisson !

Tarifs (montant minimum par personne : 120 NTD) : 
- café : 130~200 NTD
- thé : 120~150 NTD

Narrow Door Café - 窄門咖啡
台南市南門路67號2F
au 2e étage, 67 Nanmen Rd, Tainan

C'est ici , sur Google Maps

lundi 16 mai 2011

象鼻村裡的野桐工坊 - Le village du Nez de l'Eléphant et l'atelier de Yuma Taru

Dimanche matin 8h00, je commence mon voyage vers l'atelier de Yuma Taru, dans le "village du Nez de l'Eléphant", dans le district de Miaoli. Je prends d'abord le train de Taipei vers Fengyuan (environ 2h - 2h30, voir les horaires sur le site de Taiwan Railway), où après un déjeuner végétarien, je visite le Musée du Vannage. Ensuite, un bus m'emmène dans la petite ville voisine de Dongshih, où je dois prendre un autre bus qui fait le chemin dans la montagne (voir les horaires). Les horaires ne sont pas très pratiques, mais on fait avec... C'est donc après une heure de virages que je suis arrivée au centre culturel du village Shilin ; là, le patron de l'hôtel, monsieur Wu, que j'avais réservé la veille est venu me chercher pour m'emmener jusqu'à Xiangbi Cun.

La maison de Monsieur Wu.
Monsieur Wu m'a ensuite emmenée faire le tour du village, c'est-à-dire qu'il m'a présentée à tout le monde, puisque tout le monde se connaît ! Le cousin, le neveu, le fils, l'épouse du fils du neveu du cousin, les petits-enfants... c'est comme si le village entier faisait partie de la famille. Les Atayal sont vraiment des gens très accueillants et très chaleureux ! Ils ont le cœur grand ouvert : "si quelqu'un a besoin de quelque chose, nous le lui donnons, dans la mesure du possible. Si nous n'avons besoin de rien, alors nous ne demandons rien en échange. C'est simple."



Après les présentations, nous nous dirigeons vers l'atelier de Yuma Taru. J'ai un peu le trac ! D'autant plus qu'il semble que tout le monde est très occupé. Il s'avère en fait qu'il y a eu un petit malentendu entre moi et le jeune homme qui m'avait répondu fin avril. L'exposition aux magasins Mitsukoshi se déroule à partir du surlendemain (et non pas à partir de la semaine dernière !) et la grande majorité des pièces est déjà emballée, prête à partir pour Taichung. En plus, Yuma Taru est en plein entretien avec des clients, les jeunes de l'atelier ne savent plus trop où donner de la tête, les métiers à tisser se reposent. Oups, je suis vraiment embarrassée... Je me présente brièvement à Yuma Taru, qui a la grande gentillesse de m'accueillir tant bien que mal. Elle est tout aussi désolée que moi et m'explique que en général, il est très difficile d'obtenir un rendez-vous à l'atelier : "nous sommes toujours débordés !". Alors, puisque je suis là, elle demande à la jeune et jolie Yagah Buyung (en langue atayal - son nom chinois est Li Rui-Ping 李瑞萍) de me montrer une présentation de l'activité de l'entreprise.

La boutique de l'atelier.
(la photo n'est pas de moi, quand je suis arrivée, c'était le désordre du départ)
Yuma Taru était au départ professeur à l'université Fu-Jen, département du Textile et de l'Habillement. Elle enseignait les théories et les techniques d'autres artistes. Mais un jour, elle a décidé de devenir artiste elle aussi, de créer ses propres tissus, de faire ressusciter les costumes et les motifs atayal d'autrefois. Alors, elle a démissionné de son confortable poste de professeur d'université. Monsieur Wu m'a raconté qu'à cette nouvelle, la famille de Yuma n'a pas été très heureuse : "quand Yuma reviendra, ne lui donnez pas à manger, ne vous occupez pas d'elle. Elle qui a "réussi", il ne faut pas qu'elle revienne dans les montagnes et qu'elle travaille dur pour obtenir seulement quelques sous...". Cela a été difficile, mais Yuma était déterminée. Le projet de l'atelier Ye-Tong est organisé sur 30 ans : tout d'abord, Yuma et ses partenaires ont passé une bonne dizaine d'années à écumer les musées (et pas seulement à Taiwan. Alors qu'ils occupaient l'île (1895-1945), les Japonais ont rapporté des tissus et des costumes pour leurs études ethnologiques) et les villages atayal afin de collecter des renseignements : motifs, teintures, fibres utilisées, tout est passé à leur examen minutieux. Les dix années suivantes ont été consacrées à l'établissement de l'atelier : les femmes et les jeunes du village Xiangbi se sont rattachés au projet, et ont contribué à la renommée croissante de l'atelier Ye-Tong ; les tissus et les costumes fabriqués aujourd'hui sont parfaitement identiques à ceux des anciens Atayal. Enfin, Yuma Taru espère que les prochaines années verront la naissance d'une école au village, école qui serait construite dans l'esprit de la Green School de l'île de Bali en Indonésie (voir www.greenschool.org) et qui aurait pour mission de former les jeunes du village (ici, la grande majorité des habitants n'ont suivi que l'éducation obligatoire avant de retourner au village travailler dans les champs de kaki) et de perpétuer la culture des Atayal.

L'atelier Ye-Tong.


Rui-Ping m'a aussi montré un livre écrit pour le Musée National de la Préhistoire : Reapparance of Atayal “重現泰雅”. Yuma Taru y a contribué. Ce livre est très intéressant pour ce qu'il présente les différentes tribus atayal, leurs coutumes et leurs vêtements. Nous avons discuté si longtemps que quand Yuma Taru m'a raccompagnée chez Monsieur Wu, celui-ci avait déjà dîné et son fils avait fermé sa boutique de nouilles. Alors, nous sommes descendus au  village Shilin. Là j'ai pu déguster des rouleaux de printemps faits maison par une jeune fille vietnamienne chez une ancienne travailleuse de l'atelier Ye-Tong, Syox Suyen. Celle-ci s'est aussi montré très chaleureuse envers moi et m'a parlé son prochain projet : réaliser une parure de guerrier atayal, brodée de perles en coquillages, à partir de documents fournis par un collectionneur. De quoi faire rêver.